Agriculture : petit guide à l’usage des participants au grand débat national

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Jérémy DECERLEPrésident

Nous sommes tous invités à donner notre avis sur un certain nombre de questions dans le cadre du grand débat national. Sympathisants, opposants ou spectateurs indécis du mouvement des gilets jaunes, vous allez peut-être participer à cet exercice. En tant que jeune agriculteur, je me permets de partager quelques idées au cas où des sujets en rapport avec l’agriculture arriveraient dans le débat, ce que je souhaite.

L’agriculture compte pour l’avenir de notre pays

Même si elle ne représente hélas plus qu’une petite part des actifs, l’activité agricole structure tous nos territoires ruraux et même périurbains. Sans agriculture, dans beaucoup d’endroits, il n’y aurait plus grand-chose. Et avec encore moins d’agriculteurs qu’aujourd’hui, beaucoup de territoires seraient mal en point.

L’agriculture n’est pas un secteur économique comme les autres, parce qu’elle fournit la base de notre alimentation, en quantité et en qualité. Cette alimentation est souvent devenue une dépense compressée chez les ménages les moins riches, alors que l’enjeu nutritionnel et sanitaire prend de plus en plus de place. L’alimentation française très diversifiée, avec son modèle agricole reconnu comme le plus durable au monde, et sa gastronomie inscrite patrimoine immatériel de l’Unesco, qui fait des envieux, a pourtant un coût.

Ce sujet a toute sa place dans le débat citoyen.

L’agriculture est d’abord une solution pour l’environnement

De plus en plus de monde ont un avis sur l’agriculture. C’est valorisant pour nous qui avions un peu l’impression d’être oubliés il y a encore quelques années. Nous ne le sommes plus : on s’intéresse à nous, à nos produits, à leur origine. Tant mieux. Mais la situation est paradoxale : alors que nous ne cessons de monter en gamme, nous subissons des attaques régulières d’une très grande violence contre quasiment tous les modes de production, que ce soit sur les questions des pesticides, du bien-être animal ou de l’émission des gaz à effet de serre. Les attaques qui nous visent, souvent fondées sur des caricatures, nous sapent le moral.

En matière environnementale en particulier, nous nous voyons bien plus comme une solution qu’un problème. La transition écologique de l’agriculture est en route avec un très grand potentiel pour le climat et la biodiversité. Nous sommes formés pour ça. Mais elle ne peut se faire qu’avec nous, c’est–à dire si on nous accompagne et nous encourage. Pas si on nous donne des leçons, encore moins si on nous contraint.

L’Europe, comme un outil et un bouclier

En 2019, des décisions seront normalement prises sur la première politique européenne (historiquement et budgétairement) : la PAC, consécutivement aux élections européennes. J’espère que nous parlerons de cette politique stratégique, en sortant des clichés sur les « agriculteurs assistés » et en se posant les bonnes questions : résilience des exploitations, structuration des filières, accompagnement des chefs d’exploitation pour répondre à vos attentes et soutiens orientés vers les vrais agriculteurs avant les hectares.

L’Europe, si elle veut redonner confiance, doit aussi poser quelques principes de cohérence, notamment pour que les règles qu’on se donne s’appliquent aux produits importés. Y compris quand elles ne concernent pas les produits mais les façons de produire. La PAC doit aussi donner un visage humain à l’Europe, une Europe qui n’échangerait plus de la viande contre des avions de chasse en ignorant les enjeux alimentaires mondiaux.

En cette année de grands rendez-vous politiques, j’aimerais que ces questions agricoles aient la place qu’elles méritent dans le débat public. Il y a d’autres questions à régler. Mais il faut intégrer tous les enjeux, y compris ceux de la ruralité, de la place des agriculteurs et de l’alimentation.


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