Interview du mois

Denis Gehant est producteur de lait en montagne

Denis denis gehant page 14Gehant, secrétaire général adjoint de la Fédération nationale des Cuma, administrateur de la Cuma des Vosges saônoises et producteur de lait en montagne.

 

Ce « passionné du collectif, de  l’économique et de l’humain» répond aux questions du JA mag sur les projets et la vision que porte la fédération.

Quel est le profil type de l’adhérent de Cuma ? Les adhérents ont des profils très variés. Je dis souvent que l’on peut adhérer à une Cuma pour une part dans une bétaillère ou une planteuse à piquets, puis au bout de quelques années, devenir un adhérent très engagé sur un automoteur, sur des choix de stratégies d’équipement de plus grande ampleur… C’est une des forces des Cuma de pouvoir rassembler des profils différents, de la petite structure qui mise sur la vente directe à la grosse exploitation, de faire cohabiter des bio, des pas bio -voire des anti-bio ! Cela donne une grande liberté d’expression à nos adhérents. L’épanouissement, l’écoute sont très importants pour nous. Pouvoir échanger sur les différents systèmes faits la richesse de notre réseau. L’engagement dans une Cuma se matérialise par des parts sociales, du capital social…

C’est un engagement important comme dans toute forme coopérative. Nous sommes en pleine réflexion sur la notion d’engagement, car nous avons réalisé que les jeunes, notamment ont de nouvelles attentes. Dans le contexte actuel de volatilité des prix, peut-on encore s’engager pendant cinq, sept, huit ans sur un matériel ? Il faut que nous parvenions à pondérer l’engagement dans le temps, en matière de montant d’investissement ou en fonction des différentes activités présentes sur les exploitations sans pour autant perdre l’âme de la coopération. Notre système est clair et transparent. La Cuma moyenne, c’est 50000€ de chiffre d’affaires, 25 adhérents. Il faut être quatre au minimum pour créer une Cuma. Au sein de notre réseau, des régions ont privilégié le développement du nombre de Cuma et d’autres la taille des Cuma.

Les jeunes sont-ils présents dans les Cuma ? Nous voudrions que tous les jeunes aient le réflexe dès leur installation d’opter pour la Cuma. Par contre, pas cumiste consommateur, cumiste acteur ! Il faut que les jeunes intègrent les conseils d’administration afin d’enrichir les débats, la discussion. C’est aussi cela qui anime le groupe! Nous aimerions a minima que chaque jeune analyse ses charges de mécanisation avant de s’installer. C’est tout le sens de notre logiciel Mécagest que nous pouvons proposer au réseau des JA.

Rappelons que près de 20 % des charges totales sont de la mécanisation. Ma frustration aujourd’hui est de voir des jeunes qui adhèrent à la Cuma dix ans après leur installation, ils ont raisonné individuellement leurs investissements et ils se retrouvent dans une impasse économique! Je veux que les jeunes viennent dans les Cuma par choix économique, par conviction et non par obligation.

Faire des économies de mécanisation est-il le moteur essentiel de l’adhésion à une Cuma ? Cela devrait être la première clé d’entrée, car la Cuma améliore avant tout le quotidien des agriculteurs sur le plan économique. Cela implique également une réflexion sur l’optimisation du matériel, l’organisation du groupe, le partage du temps. L’aspect humain, social, groupe est lui aussi très important dans les Cuma comme dans le syndicalisme.

Vous avez déclaré : « Les jeunes doivent remettre en cause les systèmes qui ne sont pas assez rémunérateurs pour les agriculteurs.» À quels systèmes pensez-vous ? Nous sommes dans un système coopératif très large où cohabitent des fruitières qui apportent une plus-value colossale aux agriculteurs et des grandes coopératives où les adhérents ont perdu la main sur la gestion de leur outil et où les objectifs paraissent souvent loin des préoccupations des adhérents. Dans ces grandes structures, le bon sens paysan se disperse. Au sein des Cuma, nous cultivons cette proximité. Les adhérents gardent une vraie capacité  de décision.

Les Cuma sont-elles suffisamment prises en compte dans les différentes politiques agricoles d’aides ? Pas assez ! La reconnaissance des Cuma n’est pas suffisante. Nous sommes moteurs sur la capacité d’innovation, sur l’agro-écologie, sur la capacité des exploitations à s’adapter, sur la mutualisation des risques. Mais cela reste compliqué, car l’enveloppe budgétaire rétrécit. Pourtant, aider un projet collectif a plus d’impact qu’un projet individuel. Il faudrait encourager significativement les investissements collectifs.

Qu’est-ce que DinaCuma ? DinaCuma succède aux prêts MTS. Il s’agit d’un dispositif qui permet d’accompagner le groupe dans une démarche de réflexion stratégique à moyen et aussi, à long terme. Cela peut être un véritable outil de développement des Cuma. L’aide va à la structure et au développement du projet. Il faudra mettre en place un DinaJA !

Quelle vision de l’agriculture défend la FNCuma ? Nous ne voulons pas d’une agriculture hautement industrielle, hautement productiviste et qui ne prenne pas en compte les Hommes. Nous voulons une agriculture de type familial c’est-à-dire à taille humaine, une agriculture proche des consommateurs, prenant en compte les attentes sociétales. Nous réfléchissons également sur les évolutions des profils de nos adhérents.

Quels sont les objectifs du groupe national des élus régionaux en charge de l’emploi en Cuma nouvellement créé ? Le développement des Cuma passe par une meilleure organisation du travail au sein des groupes et bien souvent par le développement de l’emploi. Un groupe de travail composé d’élus régionaux s’est donc mis en place pour réfléchir et accompagner le réseau sur les problématiques emploi service complet, groupement d’employeurs, frein à la première embauche. Nous travaillons sur ces sujets en relation avec les organismes en charge de l’emploi au sein de la profession agricole (FNGEAR, Anefa).

Qu’est-ce que le projet Cap vert ? Que reflète-t-il de la vision de la FNCuma ? Le pro- gramme Cap Vert est un programme de développement agricole multi-partenaires dont l’objet est d’élaborer des méthodes et de “connecter” les réseaux et les animateurs qui accompagnent les différentes démarches collectives (Geda, Civam, Cuma,…) engagées dans une transition agroécologique. Il s’agit au final de rendre plus efficace l’appui aux différents groupes de terrain qui veulent prendre en compte collectivement les questions liées à l’environnement.

 


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