Interview du mois

Engagement d’une vie

gael pichonGaël Pichon est installé en polyculture élevage à Saint-Chartier dans l’Indre. Il partage son temps entre son activité de pompier volontaire et celle d’agriculteur.

Gaël est un exploitant de 30 ans, installé en Gaec sur l’exploitation familiale depuis 2009 : « J’ai eu l’occasion d’acheter des terres et ça m’a permis de m’installer tout en agrandissant la ferme. » L’agriculteur a 170 ha de céréales, des bovins viande et des volailles. Gaël a toujours souhaité devenir agriculteur, mais une autre passion est venue un peu par hasard : « Un incendie est survenu à la ferme et j’ai été subjugué par le travail de ces hommes et de ces femmes. J’ai eu un déclic. Je suis allé découvrir la caserne de ma commune et le chef de centre m’a convaincu de me lancer. » L’agriculteur est engagé depuis qu’il a 17 ans, mais il a dû au préalable effectuer plusieurs formations : « Il faut être formé pour intervenir sur des incendies, pour le secours à la personne, et pour les accidents de voiture. Ce sont des formations complexes, qui m’ont permis d’apprendre autre chose que mon métier d’agriculteur. J’ai d’abord travaillé en tant que pompier volontaire sur ma commune, mais depuis trois ans, j’ai décidé de rejoindre une plus grande caserne pour voir autre chose. » Le centre de secours de Saint-Août a sous sa surveillance plus de 10 communes réparties sur plus de 15 km : « Le centre fait plus de 150 interventions par an et malheureusement, le chiffre croît chaque année. Dans 75 % des cas, les interventions sont des secours à la personne. Cela va d’une personne âgée qui est tombée à des accidents de voiture. Mais nous intervenons de plus en plus après des incidents météorologiques ou des orages. » Gaël souhaite aider le plus de personnes possible : « Je suis de garde une semaine sur cinq, mais je ne suis pas tout le temps en intervention. Il faut néanmoins que je me tienne prêt à être appelé en permanence. Nous sommes trois sur l’exploitation. Lorsque mon père me voit partir en courant, il sait que je vais en intervention. »

S’échapper du quotidien. Gaël a besoin de partir en intervention : « La conjoncture et les crises agricoles qui se succèdent créent un climat morose sur nos exploitations et le seul moyen pour moi d’y échapper, c’est mon activité de pompier volontaire. Lorsque j’entends l’alarme sonner, j’oublie tous mes problèmes et je pars. » L’agriculteur s’est fait de nombreux amis à la caserne : « Il y a une très bonne ambiance et nous voulons tous avancer dans le même sens, c’est parfois ce qui me manque dans mon quotidien d’agriculteur. Les interventions sont difficiles, voire choquante, mais chacune est différente et c’est ce qui m’attire. J’apprends tous les jours. Nous travaillons en binôme et cela nous rend plus forts. » Gaël est régulièrement confronté à des décès : « Une intervention m’a particulièrement marqué. Il était une heure du matin, nous devions éteindre l’incendie d’une maison, mais lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, une femme avait échappé au feu, mais son mari et ses enfants étaient à l’intérieur. En une heure, elle avait tout perdu. Sa famille et tous ses souvenirs. J’ai été profondément choqué. » L’agriculteur souhaite lancer un appel : « Il faut plus de pompiers volontaires, j’aimerais que tous ceux qui sont attirés par ce métier viennent le découvrir en frappant à la porte de la caserne la plus proche. Je crois que de nombreux agriculteurs pourraient nous rejoindre, car nous pouvons rapidement intervenir de nos fermes. Il faut donner de son temps pour aider les autres. »


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