Reportage du mois

Cyril Chabalier, pour une poignée de lentilles

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Sur les hauteurs de Saint-Étienne-du-Vigan, Cyril Chabalier passe la main dans l’épais tapis de lentilles qui recouvre son champ. Les billes vertes, encore minuscules, roulent sous les doigts. « Là, sur cette même branche, il y a trois gousses en train de se remplir », dit-il d’un air ravi. Pour l’heure, aucune trace de mildiou ni de larve de tordeuse du pois – un papillon ravageur. Pas de nuage annonciateur de grêle non plus. « Si ça pouvait durer comme ça jusqu’à la moisson, ce serait génial ! »

Roulette russe. Cyril Chabalier s’est installé avec son oncle et ses parents en juin 2018. Dans sa famille, cela fait trois générations que l’on cultive la lentille verte du Puy. « On a 6 ha de lentilles, mais on pourrait en faire beaucoup plus et ça partirait sans problème », assure le jeune homme de 21 ans qui écoule cette production en coopérative et en vente directe. Le hic ? Les rendements sont très aléatoires : « ça peut monter à 20 q/ha une excellente année et descendre à 9 q/ha une mauvaise année. En moyenne, on tourne à 12 q/ha. »

La culture de la lentille verte du Puy, une production labellisée AOP en 2000, est largement tributaire de la météo. « Il faut 30 mm d’eau au moment de la floraison, et puis il faut du chaud, » résume Cyril. Or, le cahier des charges interdit l’irrigation. De plus, le dosage des traitements demande une grande finesse selon Gilles, le père. « Ce n’est pas évident à maîtriser, dit ce-lui-ci qui en perd parfois le sommeil. Il faut la bonne dose, le bon jour et le bon moment. Si le sol est humide, s’il bruine ou s’il pleut derrière, l’efficacité peut être différente. » De son côté, Cyril, qui a bricolé sa propre charrue de compétition, se charge de labourer les parcelles. « On laboure à l’automne pour que le gel affine la terre. Au printemps on a déjà beaucoup de boulot, avec les bêtes à sortir, le maïs, les céréales et les fourrages. »

Un gros chantier laitier. Car l’activité principale du Gaec des prunelles, c’est la production laitière. « On a 150 chèvres blanches saanen et 90 vaches laitières montbéliardes », indique le jeune agriculteur. Pour ces dernières, ils pro-jettent de construire un nouveau bâtiment d’élevage afin de remplacer les installations parfois vétustes des années 1980. « Il y aura 140 cornadis, 125 logettes, 15 places en aire paillée et une nouvelle salle de traite avec un roto de 24 places – au lieu de 16 actuellement, » décrit Cyril. Soit, 1 M€ d’investissements. « On espère commencer les travaux à l’automne, mais il y a une ligne électrique enfouie à faire déplacer. Ca s’annonce un peu compliqué, il faut être patient. »

Les Chabalier écoulent l’essentiel de leur lait via une coopérative. Ils transforment le reste en fromages qu’ils vendent en direct à la ferme, sur les marchés et dans quelques grandes sur-faces. « On fait des chèvretons : des petits ronds de chèvre qui ressemblent aux picodons d’Ardèche, raconte le jeune exploitant. En lait de vache, on fait du rogeret et de la tomme aux artisous. » Ce dernier fromage à croûte grise et duveteuse, affiné à l’aide d’acariens, est emblématique de la région du Velay. « Une demande d’AOP est en cours, » ajoute Cyril. Son oncle, Nicolas, chargé de la fabrication, assure que les producteurs du coin ont commencé à retracer l’histoire de ce fromage : « Le plus compliqué sera de se mettre d’accord sur le cahier des charges, car nous ne produisons pas tous le lait de la même façon. »


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