Reportage du mois

Le pari de Benoît : légumes bio et agroforesterie

photo benoit dupuis

Installé en maraîchage bio il y a à peine un an, Benoît Dupuy prépare déjà la conversion de l’exploitation familiale en 100 % bio. Portrait d’un jeune adepte de l’agroforesterie, aux rêves de grandeur.

Au bord de la Nationale 21 qui traverse, pratiquement en ligne droite, le département du Gers, les platanes des bas-côtés ont pris leurs habits d’automne. Couleurs caramel, en osmose avec les terres brunes en jachère qui s’étendent de chaque côté de la route. Mais à Higadère, lieu-dit à quelques encablures du village de Brugnens, le sol reverdit déjà. Car Benoît Dupuy a commencé à mettre en terre ses mottes d’oignons blancs qui lèveront en juin prochain. « Ça fait 54 000 oignons à peu près. On va dire 50 000, parce que je vais en perdre forcément. »

Le jeune agriculteur de 29 ans s’est installé en janvier dernier en maraîchage bio. L’idée lui trottait dans la tête depuis 2011, à la suite d’un séjour de 9 mois en Australie, où il faisait les travaux agricoles. Là-bas il découvre une « agriculture aberrante » où on lui demande de « jeter les bidons de désherbant vides dans la rivière ». À son retour en France, entre saisons aux champs et job de pizzaïolo, il glane des informations sur le système permacole sur Internet… Et décide finalement de se lancer. « Le marché des légumes bio est absolument porteur, tout le monde en veut. »

En juillet 2016, il rachète à son voisin installé en bio une parcelle de 1,5  ha, située au beau milieu de l’exploitation céréalière qu’il détient avec ses parents. Avec le soutien de la chambre d’Agriculture du Gers, il obtient 18  000 € d’aides auprès du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), ce qui lui permet de se constituer une trésorerie. Et il emprunte 20  000 € pour investir dans du matériel : une petite serre, un motoculteur-broyeur et un système d’irrigation. En juin 2017, la première récolte est lancée. « Au plus gros de la saison, j’ai ramassé 1,3 t de courgettes par semaine. »

Conserves et dons pour éviter le gaspillage. Courgettes, aubergines, tomates… Benoît est « satisfait » de sa production, décidée en amont en accord avec ses principaux clients : une coopérative landaise et un magasin de producteurs à Toulouse, sans compter la conserverie du coin qui accepte tous les légumes hors calibre. « L’objectif, c’est de ne pas faire de perte », assène Benoît. À la fin de l’été, il a même donné une tonne de courgettes à la Banque alimentaire, en bénéficiant au passage d’un crédit d’impôt.

L’air est frais, par cette matinée de novembre dans les bas-fonds des vallons gersois. L’hiver approche. En temps normal, Benoît Dupuy devrait bientôt travailler la terre au covercrop pour l’ameublir. Mais cette année, il a décidé de laisser en place les plastiques qui recouvrent les rangs et le système d’irrigation au goutte-à-goutte, en vue de la prochaine saison. « Ça fait des économies de temps et d’argent. Et comme les racines de mes courgettes ont structuré un peu le sol, l’ont décomposé et fissuré, les racines des cultures suivantes auront moins de difficultés à rentrer. » Pour lutter contre les espèces invasives, Benoît passe le motoculteur entre les rangs pour se débarrasser de l’helminthie et autres adventices. Mais si les brins d’herbe s’infiltrent entre les plastiques, il laisse faire. « Les pieds de courgettes, ils s’en foutent qu’il y ait de l’herbe. » Côté ravageurs, le jeune maraîcher n’a subi que quelques attaques de limaces en fin de saison. « Il a [aussi] fallu que j’investisse dans un filet contre les chevreuils parce qu’ils me mangeaient les blettes. »

700 arbres pour ramener de la biodiversité. La nature a horreur du vide et Benoît l’a bien compris. Sa philosophie, c’est donc de recréer un écosystème et de le contrôler, pour en récolter les fruits. D’où son recours aux arbres. « J’en ai 700 sur la parcelle. » N’y connaissant pas grand-chose en agroforesterie, il a fait appel à l’association Arbre et Paysage 32, qui lui a conseillé des essences endémiques et les a même commandées pour lui auprès du Conservatoire végétal régional d’Aquitaine. « J’ai une haie brise-vent qui fait le tour de la parcelle et 10 rangées d’arbres fruitiers. » Églantiers, alisiers, viornes, houx, érables champêtres, pommiers, cerisiers, pêchers…
Des arbres qui font pour l’instant 40 à 150 cm de haut et qui rempliront leur fonction dans trois à quatre ans : ramener de la biodiversité sur la parcelle. « L’avantage des arbres, c’est qu’ils vont chercher une partie des minéraux et des oligo-éléments profondément avec leurs racines (…), ils les remontent par la sève, c’est stocké dans les feuilles, et quand les feuilles tombent au sol, ça les re-libère dans le sol. »

Benoît ne se met pas la pression : c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Pour la prochaine saison de légumes, il doit impérativement ajuster son système d’irrigation pour être à la fois économe en eau et arroser en fonction des besoins de chaque plante. « Ça va être vite réglé, c’est juste histoire d’acheter une vanne régulante en plus. »

Un apprentissage d’autant plus facile qu’il n’a pas de pression financière. Pour l’instant, il tire 500 € par mois de son maraîchage. « Le ras des pâquerettes. » Mais son travail administratif sur l’exploitation familiale, qui l’occupe 15 % du temps, lui assure un revenu complémentaire. Et surtout, la petite parcelle bio annonce un renouveau. Car l’exploitation céréalière familiale de 170 ha ambitionne de passer en bio d’ici août 2018. Un grand chantier en perspective.


Consultez tous nos reportages