« Être président de Jeunes Agriculteurs a été l’aboutissement de mon engagement syndical »

Pierrick HorelPrésident

C’est un discours* de gravité et de fierté que je souhaite partager aujourd’hui avec vous.  Gravité, parce que notre agriculture est sous pression de toutes parts : économique, géopolitique, climatique, sanitaire… et, aussi syndicale. Rien ne nous est épargné. Fierté, surtout, car chez Jeunes Agriculteurs, on ne se contente pas de résister : nous bâtissons, convaincus que notre valeur ajoutée ne réside ni dans notre capacité à bloquer, ni dans notre talent à négocier, mais dans notre aptitude à transformer l’indignation en propositions.

Notre fierté, c’est de refuser le déclin pour revendiquer notre mission première : produire.  Produire plus et produire mieux, c’est redonner du sens à nos métiers et offrir un véritable horizon à la nouvelle génération. Nous ne sommes pas là pour gérer un modèle qui s’essouffle, mais pour être les architectes d’une agriculture en mouvement, une agriculture conquérante qui nourrit et qui gagne.

Une actualité éprouvante 

Les mobilisations de cet hiver ont marqué l’histoire de notre profession. Bruxelles, Strasbourg, étaient des manifestations inédites ! Ces mobilisations ont révélé une vérité crue : notre agriculture est fragilisée et nous agriculteurs sommes éprouvés.

Nous avons subi une Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) qui nous a violemment frappés. Certains ont voulu nous diviser. Ils ont échoué car la stratégie syndicale a payé… mais elle ne suffit pas. Il faut anticiper la suite. Les Assises du sanitaire animal doivent aboutir à des résultats rapides et concrets.

Nous subissons un commerce international mal régulé. Les accords avec le MERCOSUR et l’Australie sont inacceptables. Comment admettre une concurrence qui piétine nos normes et détruit nos productions ? L’agriculture ne peut plus être la variable d’ajustement du commerce mondial. Elle doit être une ligne rouge. C’est le défi que nous porterons lors de notre Congrès en juin avec notre rapport d’orientation : bâtir une agriculture européenne puissante et souveraine.

Nous subissons une augmentation des coûts insupportables. La colère de ces derniers mois n’était pas passagère. C’est celle d’une profession qui s’asphyxie. Les tensions au Moyen-Orient pèsent lourd : le prix du gazole non routier (GNR) et des engrais ne sont pas des lignes comptables, ce sont des angoisses quotidiennes qui brisent nos projets.

Le temps des concessions est révolu. Nous ne voulons plus d’annonces, mais des actes rapides et durables pour protéger nos fermes. Nous attendons du gouvernement du courage politique. Mais ne nous trompons pas de méthode : le cap, ce n’est pas à l’État de nous le donner, c’est à nous, syndicats, de le fixer. Il est de notre responsabilité collective de ne plus seulement pointer les problèmes, mais de créer la lumière au bout du chemin.

Le renouvellement des générations comme boussole

Et au fond, le sujet central, c’est celui-ci : qui sera encore là demain ? Qui reprendra vos exploitations ? Qui acceptera ces contraintes, ces risques, cette pression permanente ? Qui sera là dans dix ans et plus généralement dans les organisations professionnelles agricoles ? Je le répète, comme tous mes prédécesseurs à la présidence de Jeunes Agriculteurs : le renouvellement des générations n’est pas un sujet parmi d’autres. C’est le sujet.

La Loi d’orientation agricole a tracé un chemin et une ambition pour le renouvellement des générations. Avec France Services Agriculture, nous avons engagé une réforme structurante. Nous la porterons jusqu’au bout pour garantir un accompagnement réellement efficace, fondé sur la complémentarité des acteurs et une meilleure lisibilité pour tous.

Mais soyons francs : ce n’est pas suffisant. France Service Agriculture doit être un levier parmi d’autres au service d’une politique plus globale et ambitieuse tournée vers la transmission des exploitations et l’installation des jeunes. Au-delà des propositions et des engagements, ce qu’il nous faut ce sont des actes concrets et des budgets dédiés à la hauteur de l’enjeu. Le renouvellement des générations ne peut plus attendre. Et nous serons au rendez-vous.

Agrandir les fermes n’est pas une solution ! Agrandir les fermes par défaut, c’est choisir la voie de la désertification rurale. C’est transformer nos paysans en simples gestionnaires de surfaces. Nous, nous voulons des fermes à taille humaine, riches en valeur ajoutée et en emploi. Un jeune qui s’installe, c’est une école qui reste ouverte et un village qui vit.

La PAC doit rester une politique forte et commune

Je veux aussi parler de la Politique Agricole Commune. Soyons lucides, nous ne devons pas chercher à maintenir la PAC actuelle à tout prix : elle a largement contribué à amener l’agriculture dans l’état de fragilité que nous connaissons aujourd’hui.

Pour Jeunes Agriculteurs, redonner des perspectives claires à celui qui s’installe exige une vision radicalement positive et offensive de la PAC. Nous voulons une politique qui ne se contente pas de maintenir l’existant, mais qui soutient l’acte de production. Pour produire plus, produire mieux et produire partout !

Il faut être clair : nous ne laisserons pas démanteler le budget et le caractère commun de la PAC. Une PAC affaiblie, c’est une agriculture affaiblie. Une PAC diluée, c’est une souveraineté alimentaire abandonnée.

La PAC doit rester une politique forte. Une politique qui protège. Une politique qui soutient les revenus. Une politique qui reconnaît enfin que nourrir une population, ce n’est pas un détail. Une politique qui assume de produire ! Une politique qui s’engage pour le renouvellement des générations. C’est ça la PAC  !

Nous serons au rendez-vous. Vigilants et exigeants. Jeunes Agriculteurs a des propositions travaillées avec tout un réseau. Elles sont concrètes et tournées vers l’avenir.  Ensemble luttons contre la course à l’hectare et dites oui à la dégressivité !  Ensemble vivons de nos productions, pas des aides, alors dites oui au plafonnement !  Ensemble soutenons une agriculture faite par et pour des agriculteurs, et dites oui à l’actif qui n’est ni un rentier ni un retraité !  Ensemble structurons nos filières et dites oui aux aides couplées intégrées aux programmes filières !

Et enfin, quitte à me répéter, l’installation reste la priorité alors, oui, nous irons arracher 10% du budget de la PAC pour le renouvellement des générations !  Voilà ce que notre réseau défend, c’est sa force !

Faire aboutir les plans et contrats d’avenir

Cette force de notre réseau de jeunes a conduit aussi à ce que la loi d’urgence agricole trace une voie.  Les plans et contrats d’avenir, portés par Jeunes Agriculteurs et repris dans ce texte, ne sont pas des promesses en l’air : ce sont des engagements concrets pour une agriculture qui ose changer face au changement climatique, pour mieux produire, innover, et transmettre à l’avenir.

Pourtant, entre les annonces et les réalisations, il y a encore un large fossé à franchir pour qu’ils soient financés et mis en œuvre. Je parlais de la PAC et j’attire maintenant l’attention sur les reliquats des aides à la conversion bio. Ces fonds doivent financer l’avenir, pas combler des trous. Nous exigeons qu’ils soient réalloués sans délai aux investissements nécessaires pour déployer ces contrats d’avenir. D’ici l’automne, les premiers contrats d’avenir doivent être signés. Pas au prochain mandat. Pas dans un an. Dès maintenant, cette année.

La loi d’urgence ne sera pas une coquille vide. Nous veillerons à ce que chaque euro, chaque mesure, aboutisse à des résultats tangibles pour nos exploitations. Pas de catalogues. Des actes. Car le vrai test, ce n’est pas d’écrire des lois, c’est de les faire vivre. Pour les jeunes qui veulent s’installer, ces contrats doivent être des leviers, pas des usines à gaz. Pour nos territoires, ils doivent être le socle d’une agriculture productive et résiliente, capable de nourrir la France. Madame la Ministre, vous avez les moyens. Nous avons les projets. Ensemble, faisons en sorte que l’automne 2026 ne soit pas celui des regrets, mais celui des premières signatures– et des premières réussites.

Renforcer le couple JA/FNSEA

J’adresse également mes félicitations aux administrateurs de la FNSEA nouvellement élus ou réélus et merci aussi aux sortants pour leur travail mené tout au long du mandat. La tâche était rude avec les élections Chambres mais aussi avec les mobilisations.

S’engager à la FNSEA, ce n’est pas prendre un titre. C’est prendre une responsabilité. C’est défendre une profession. Nous pouvons être fiers d’avoir un syndicalisme majoritaire fort et crédible pour représenter nos collègues.

Face à la concurrence syndicale, certains misent sur la colère et le bruit. Nous, nous choisissons la force de la proposition et de la négociation. Mais cette force, comme une terre qui se renouvelle, a besoin d’être travaillée sans cesse. Une exploitation qui ne sème pas de nouvelles graines finit par s’épuiser, même si son sol est riche d’histoire.

La FNSEA, c’est ce sol : un héritage précieux, mais qui ne portera ses fruits demain que si nous y greffons aujourd’hui l’énergie et les idées des nouvelles générations. Le renouvellement, ce n’est pas rejeter ce que les anciens ont bâti – c’est leur offrir la fierté de voir leur travail prolongé, amplifié, par ceux qui prendront le relais. C’est la condition pour que notre syndicalisme reste une force vive, et non un vestige du passé.

C’est pourquoi, je le dis avec force : l’avenir de la FNSEA passera par le renouvellement constant de ses représentants. Pas pour tourner la page. Mais pour écrire la suivante, ensemble.

Les jeunes générations ne sont pas une menace. Elles sont une chance.  Mais pour qu’elles s’engagent, nos structures doivent, elles aussi, évoluer et s’adapter. Il ne s’agit plus seulement de communiquer sur la manière d’accueillir de nouveaux responsables, mais de rendre nos Organisation Professionnelles Agricoles réellement attractives. Nous devons transformer nos structures pour que, demain, chaque agriculteur ait envie de s’y investir et s’y reconnaisse pleinement.

2031 c’est demain. La transformation, telle qu’elle a été présentée, c’est bien. Ça montre que les responsables de cette maison ont pris conscience de l’enjeu. Mais la FNSEA pâtit de préjugés et d’une image dégradée, qui remonte du terrain. Nous devons les entendre. JA et FNSEA, c’est un couple fort mais pas une évidence. Il faut savoir se poser les bonnes questions pour repartir plus fort. Et pour que, aux prochaines élections, JA et FNSEA renversent la vapeur.

Préparer la suite

Pour revenir à la base du syndicalisme, être plus proche du terrain et répondre aux besoins de nos adhérents, acceptons le changement. C’est dans cet esprit que j’ai décidé de ne pas briguer un second mandat. C’est un choix. Être président de Jeunes Agriculteurs a été pour moi l’aboutissement de mon engagement syndical. Il est à présent temps pour moi de me consacrer à de nouveaux projets plus personnels. Parce qu’un responsable syndical ne doit pas s’accrocher à un mandat. Il doit préparer la suite.

J’ai servi et je servirai jusqu’en juin cette organisation qu’est Jeunes Agriculteurs avec conviction, avec sincérité, avec engagement. Et en juin, je passerai le relais avec confiance.

J’ai ouvert ce discours sur la gravité et la fierté, je le referme sur l’espoir. Car malgré les tempêtes, nous restons celles et ceux qui sèment l’avenir. Le vivant ne subit jamais : il s’adapte et il conquiert. À nous de donner la direction, de rallumer la lumière au bout du chemin et de bâtir une agriculture de production, conquérante, qui ne demande plus la permission d’exister…  Et pour que des milliers de mains se lèvent encore avec la fierté de nourrir notre pays.

*Ce billet d’humeur reprend le discours de Pierrick Horel, prononcé en clôture du 80e Congrès de la FNSEA, le jeudi 2 avril 2026 à Caen.


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