Premiers pas, premières batailles, premières convictions

Jocelyn DubostPrésident

Un début de mandat sous le feu des projecteurs… et des polémiques 

Il y a des mandats qui commencent en douceur, avec des félicitations consensuelles et des applaudissements polis. Le mien, lui, a démarré sur les chapeaux de roue, comme on dit. Et c’est tant mieux. Car les premiers jours ont été rythmés par une polémique un peu bidonnée sur notre position concernant l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Pour moi, ils ont surtout été l’occasion de rappeler avec force ce qui fait l’ADN de Jeunes Agriculteurs : le réalisme, la responsabilité et l’audace. 

Certains ont cru bon de caricaturer notre position, réduisant notre analyse à un simple « pour » ou « contre ». Pourtant, comme nous l’avons clairement exprimé dans notre Rapport d’Orientation 2026, notre soutien à l’intégration de l’Ukraine dans l’UE est conditionnel, stratégique et visionnaire. Oui, nous sommes favorables à une Europe forte, étendue, capable de peser sur la scène mondiale. Mais non, nous n’accepterons jamais un marché unique non harmonisé, où des distorsions de concurrence viendraient fragiliser nos agriculteurs. 

L’Ukraine a un potentiel agricole immense. Mais pour en faire un allié plutôt qu’un concurrent, il faut des règles communes, des normes alignées et une transition maîtrisée. Même marché, mêmes règles : cette exigence n’est pas une posture, c’est une condition de survie pour notre agriculture. Et si certains préfèrent les raccourcis aux débats de fond, nous, nous restons fidèles à notre ligne : protéger les agriculteurs, refuser toute concurrence déloyale. 

Cette polémique, aussi stérile soit-elle, aura au moins eu le mérite de braquer les projecteurs sur l’essentiel : notre Rapport d’Orientation 2026, fruit d’un travail collectif intense, porte une vision ambitieuse, concrète et offensive pour l’agriculture européenne. Près de 70 propositions que je vous invite à découvrir dès maintenant. 

Canicule, climat, adaptation : l’urgence d’agir sans attendre 

Alors que j’écris ces lignes, la canicule a frappé nos campagnes et risque de le refaire une nouvelle fois. L’agriculture est en première ligne face au changement climatique. Mais plutôt que de subir, il faut allier adaptation et atténuation. Il ne s’agit pas de choisir entre les deux, mais de les faire coexister dans une stratégie globale. Les projets que nous portons – et que le Gouvernement a enfin entérinés dans le projet de loi d’urgence agricole, à notre demande – doivent faire coïncider les besoins des jeunes, notre capacité à transformer et les attentes des consommateurs, le tout en phase avec les réalités climatiques. 

La création de valeur et de revenu est au cœur de cette équation. Sans elle, pas d’attractivité, pas de renouvellement des générations. Et sans renouvellement des générations, la souveraineté alimentaire s’effondre. Mais à l’inverse, cette transition démographique est une opportunité unique pour repenser nos modèles, innover et construire une agriculture résiliente. 

C’est pourquoi nous misons massivement sur l’installation et la transmission. Car chaque jeune qui s’installe, c’est un projet d’avenir qui naît, une exploitation qui se modernise, une filière qui se renforce. Et c’est aussi la meilleure réponse aux défis climatiques : des agriculteurs formés, équipés et accompagnés seront toujours plus à même de s’adapter et d’innover. 

Sur le terrain, sur le terrain, sur le terrain

J’ai souvent entendu dire qu’un président devait « tenir la barre » depuis son bureau, les yeux rivés sur les indicateurs et les dossiers. Moi, je crois d’abord que la légitimité se construit sur le terrain. 

Ces deux prochaines années, je veux aller à la rencontre de nos adhérents, écouter leurs préoccupations, comprendre leurs attentes, et surtout, leur montrer que leur syndicat est à leurs côtés. Ce n’est pas qu’une question de proximité : c’est une stratégie. Car c’est en étant au plus près des réalités que nous pourrons anticiper les crises, ajuster nos propositions, et peser dans les débats nationaux. 

Et puis, il y a une autre raison, plus longue, à cette volonté : les élections aux Chambres d’Agriculture de 2031. Nous devons préparer ce rendez-vous avec sérieux, en renforçant notre ancrage territorial, en mobilisant nos troupes et en portant une vision claire et fédératrice. Le terrain, c’est là que tout se joue. 

Les chantiers qui nous animent dès aujourd’hui 

Notre mandat sera rythmé par des sujets politiques structurants, ceux qui dessineront l’agriculture de demain.  

D’abord, la PAC post-2027 doit repenser notre politique agricole pour une Europe souveraine et changer de logiciel, en retrouvant son caractère commun et ambitieux. Nous défendons une position puissante détaillée, technique, basée sur l’actif, le projet et la production, plutôt que sur l’hectare. 

Dans nos territoires, je veux aussi rapidement clarifier la gouvernance de l’installation : faire des guichets uniques des leviers d’avenir plutôt que des monstres de complexité ou des luttes de chapelles. L’installation, c’est le nerf de la guerre. Sans jeunes, pas d’agriculture. Sans agriculture, pas de souveraineté alimentaire. C’est pourquoi nous portons la mise en place de France Service Agriculture, avec une place prépondérante pour Jeunes Agriculteurs. L’enjeu ? Simplifier les parcours, sécuriser les projets et garantir que chaque territoire dispose des outils pour accueillir de nouveaux agriculteurs. 

Conclusion : l’espoir comme moteur 

Ces premiers jours de mandat ont confirmé une chose : l’agriculture est plus que jamais au cœur des enjeux de société. Entre polémiques stériles, défis climatiques et attentes croissantes des consommateurs, notre rôle est clair : porter une voix forte, unie et déterminée. 

Notre force, c’est notre réseau, notre jeunesse, et notre capacité à innover. Alors oui, les défis sont immenses, mais les opportunités le sont tout autant. Misons sur nos jeunes, sur nos territoires, et sur notre capacité à transformer l’essai. 

Car au fond, c’est ça, le message que je veux faire passer : l’agriculture n’est pas un secteur en déclin. C’est un secteur d’avenir. Et c’est ensemble, engagés pour des agricultures durables et des territoires vivants, que nous écrirons les prochaines pages de son histoire. 


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