Résilience, autonomie et relocalisation doivent être nos maîtres-mots face à la crise

Samuel VANDAELEPrésident

La crise sanitaire sans précédent que traverse notre pays nous incite à questionner notre vision de la société, de l’économie, jusqu’à nos choix, nos pratiques. Elle remet au centre des préoccupations les secteurs dits « nécessaires à la nation », tels que la santé ou l’agriculture. Le Président de la République l’a dit, il nous faudra « rebâtir notre indépendance agricole ».

Jeunes Agriculteurs s’est mis en ordre de bataille pour défendre la profession, en particulier les jeunes, pendant cette crise, mais aussi porter nos messages à plus long terme pour défendre notre souveraineté agricole et alimentaire, en relevant le défi du renouvellement des générations d’agriculteurs.

Nous avons fait en sorte que les projets des jeunes qui souhaitent s’installer puissent se poursuivre le mieux possible et, jour après jour, lever les freins avec les partenaires du monde agricole. Il faudra prendre des mesures au moins sur le court et le moyen-terme pour préserver une agriculture indispensable pour faire face à des crises de cette ampleur.

 

Assurer notre résilience sur le plan économique, social et environnemental

Cette crise a mis en lumière les secteurs stratégiques dont un pays a besoin pour résister, notamment la santé et l’alimentation. Face à la crainte de nos concitoyens de subir une pénurie, nous avons rapidement dû montrer que nous étions à la hauteur. Nous l’avons vu, il est plus que jamais nécessaire de développer cette capacité de l’agriculture à anticiper et résister aux chocs : la résilience, sur les plans économique, social et environnemental.

D’abord sur le plan économique, car être pérenne demande un revenu décent, nous préconisons de prioriser la structuration des filières dans le cadre de la réforme de la PAC en utilisant les soutiens ciblés comme levier de développement, et dans  le cadre de la loi EGAlim en faisant en sorte que les prix payés prennent enfin en compte les indicateurs de coûts de production. Une politique de gestion des risques ambitieuse doit également être priorisée à l’échelle européenne comme à l’échelle nationale.

Sur le plan social, il s’agit de lutter contre la chute démographique agricole en promouvant le métier d’agriculteur pour susciter des vocations. Au-delà du dispositif d’accompagnement à l’installation, sans cesse amélioré, Jeunes Agriculteurs préconise la mise en place de dispositifs fiscaux attractifs auprès des cédants, afin de faciliter la transmission des exploitations à de jeunes agriculteurs plutôt que favoriser l’agrandissement. Par ailleurs, le maintien d’agriculteurs nombreux passera également par la mise en place d’une définition forte de l’actif agricole dans le but de cibler les aides et l’accès au foncier sur les agriculteurs réellement présents sur les territoires ruraux.

Enfin, sur le plan environnemental, nous souhaitons que la PAC puisse être centrale dans l’accompagnement à la lutte contre le changement climatique en valorisant les efforts fournis et en favorisant le stockage de carbone dans les sols, dans une logique incitative plutôt que punitive. L’agriculture et les agriculteurs sont porteurs de solutions, la PAC doit les accompagner !

 

Garantir notre autonomie

Pour assurer cette production alimentaire, il est impératif d’avoir des agriculteurs nombreux partout sur notre territoire, qui soient maîtres de leurs décisions. Nous défendons un modèle d’agriculture de type familial où les agriculteurs sont des entrepreneurs épanouis dans des exploitations viables, vivables et transmissibles.

Ce sont des professionnels qui doivent être ceux qui produisent l’alimentation, à une époque où le métier se complexifie (demandes sociétales, diversification croissante, superposition des normes, etc.). Il est donc indispensable d’avoir une ambition forte envers la formation initiale et continue, et qu’un accompagnement soit dispensé pour les aider à accomplir leur mission.

Une agriculture innovante est selon nous l’avenir souhaitable d’une alimentation accessible et durable. Loin des clichés opposant les modèles entre eux, la France doit pouvoir financer la recherche pour remplir ses objectifs, et laisser les agriculteurs faire preuve de créativité, expérimenter et innover sur leur ferme.

 

Relocaliser l’agriculture

Pendant cette période si particulière, nous pensons qu’une grande partie de nos concitoyens ont perçu clairement la nécessité de préserver notre  capacité productive, notamment pour éviter les pénuries, mais également pour assurer une alimentation saine, sûr et durable accessible pour tous. C’est pourquoi nous soutenons une logique de relocalisation de notre production et de nos outils pour renforcer la dynamique économique de nos territoires.

Cela nécessite une promotion de l’Origine France et de la consommation locale par des projets de territoire, en lien avec l’Etat, les régions et l’ensemble des collectivités pour qu’à chaque échelon, le réflexe de l’origine se développe. C’est aussi disposer des outils de transformation et de distribution compétitifs sur les territoires. Et c’est bien, sûr, faire en sorte que nos agriculteurs soient encore nombreux demain !

Relocaliser ne signifie pas s’opposer aux échanges internationaux. Notre vision doit dépasser les frontières hexagonales et européennes pour envisager les échanges commerciaux dans une logique de complémentarité entre grands ensembles géographiques qui prennent en compte les équilibres en place.

Ce pourquoi nous dénonçons fermement l’ensemble des accords de libre-échange tel qu’ils sont conçus actuellement. nous appelons à un système où les pays puissent échanger tout en s’assurant que l’agriculture soit tirée vers le haut et ne soit plus une variable d’ajustement dans les accords internationaux. Cet avenir doit s’envisager avec les jeunes agriculteurs du monde entier, ce que nous avons réaffirmé lors du Sommet International des Jeunes Agriculteurs en 2019.

J’appelle les dirigeants de ce pays à se faire les porte-paroles, avec nous, de ces priorités pour l’agriculture !


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